Retour sur la journée d'écoconception numérique 2025
le 20 mars 2025, par 4 min de lecture
Dans la foulée d’Alternative Wolds, nous avons assisté à la conférence des Designers Éthiques sur l’Écoconception. Retour sur une autre journée riche en rencontres et découvertes.
Une keynote qui dépote
Ophélie Coelho n’est pas là pour faire du jardinage. Avec “Géopolitique et empreinte territoriale du numérique” elle met les points sur les i (-phone, -pad…) en montrant l’instrumentalisation des technologies faite par les états (Enigma, embargo sur le numérique pendant la guerre froide, surveillance après les attentats du 11/9, embargo de la Chine sur le Japon pour les terres rares), et instrumentalisation politique des médias sociaux (Cambridge Analytica, audition de Mark Zuckerberg au congrès, Tiktok et l’économie de l’attention, fakes news sur X). Au moins on reste dépaysés après notre journée sur la décolonisation de la tech avec Tribe-X.
Elle montre aussi comment les acteurs de la tech profitent des crises (IBM et la bombe atomique durant la 2e guerre mondiale, Intel et les semi-conducteurs, IBM et le programme Apolo, Cisco et la censure Chinoise, Huawei et la guerre commerciale avec les USA), et créent des chaînes de dépendance pour asseoir leur pouvoir :
- Couche d’infrastructure (hard/soft, réseaux télécom, centres de données, câbles sous-marins…) ;
- Couche logicielle (OS, Browser, Search Engines, Marketplace, Social Media…),
- Couche software et IA,
- Couche hardware (semi-conducteurs, serveurs, PC, smartphones, tablettes, IoT…).
Comment ces grands acteurs trichent et restent volontairement opaques quant à leurs impacts environnementaux. Cf. cet article du Guadian qui indique que les émissions de GES des datacenters sont probablement 7 fois plus importantes que ce qui est déclaré. Ou encore le jeu des calculs d’émission market based v.s. location based.
C’était intéressant de voir comment ces États et opérateurs privés continuent une expansion territoriale par exemple avec l’Afrique. Non pas du côté minerais, mais dans les équipements de ce continent qui est encore sous équipé en infrastructures réseau (bien que cette expansion de réseau pourrait aussi assurer un contrôle fin sur les richesses minières critiques des pays Africains).
La matinée avec l’ADEME
Nous avons participé à deux ateliers présentés par l’ADEME :
- la présentation de l’eXtême Défit (XD) lowtech
L’ADEME lance un Appel à Projet pour des projets frugaux autour de deux sujets :
- les services en ligne
- les équipements “clients” (IoT, mobiles, …).
Le défit lancé est de fournir des services/devices qui soient 5x plus frugaux que l’existant. Ce facteur provient du constat de l’empreinte carbone moyenne d’un français (~10t) comparée à l’objectif de 2t pour la COP21 en 2050 (donc 5x moins). Le tout avec des propriétés lowtech :
- utiles
- accessibles
- durables
- incluants (peu cher)
L’atelier consistait à faire des retours sur le cahier des charges pour les deux sujets.
- les nouveaux chiffres de l’impact du numérique en France par ADEME/Hubblo
La dernière étude de l’ADEME sur l’impact du numérique en France date de 2022. Cette nouvelle étude permet une actualisation des chiffres de 2022. Trois tiers sont retenus pour segmenter le secteur du numérique : les terminaux client, les infrastructures réseau et les centres de données.
| Terminaux | Réseau | Centres de données | Poids carbone fr |
|---|---|---|---|
| +8% | +19% | +403% | 2,5% -> 4,4% total CO2eq |
L’augmentation de 8% pour les terminaux provient essentiellement des écrans TV OLED qui ont augmenté en proportion. Ils sont plus impactants. L’augmentation de l’empreinte du réseau est de +200Kt ce qui est faible d’autant plus que ce tiers ne représente que 4% de l’ensemble. En revanche l’augmentation des DC est lié à un changement de méthodologie. Il est lié à la comptabilisation des impacts des DC étrangers dans les usages numériques des Français. Pour les besoins de la comparaison, l’étude inclut une version corrigée de l’étude sur les données de 2020 en prenant en compte la nouvelle méthodologie. Il faut aussi noter que cette étude a été faite avant la prise en compte des augmentations de consommation provoquées par l’IA.
Ce qui est intéressant pour nous, c’est de constater que le ratio d’impact de la première étude qui donnait environ 80% d’impact pour les terminaux 5% pour les réseaux fixes et mobiles et 16% pour les DC, passe à 50% pour les terminaux, 4% pour le réseau et 46% pour les DC. Et donc l’optimisation des services numériques sur les serveurs prend plus d’importance.
La présentation concernait essentiellement les émissions carbone, mais l’étude est multi-critère. Pour plus de détails, vous pouvez la retrouver ici.
“RGESN” partout
Nous avons aussi assisté aux retours d’Orange Business Services et de France Télévision sur le déploiement du RGESN. L’atelier de l’ADEME sur le RGESN s’est rempli à vitesse grand V, nous n’avons pas pu y assister. Dans nos déambulations, nous avons beaucoup entendu cet acronyme. Pour un événement consacré à l’écoconception ce n’est certes pas très étonnant.